
Il y a 20 ans dans deux villes différentes, en France et en Pologne, naquirent deux petites filles pareilles. Elles n'ont rien en commun, ni père, ni mère, ni grands parents et leurs familles ne se sont jamais connues. Pourtant, elles sont identiques : toutes deux gauchères, aiment marcher les pieds nus et le contact d'un anneau d'or sur leurs paupières. Et surtout, toutes deux ont une voix magnifique, un sens musical absolu, et la même malformation cardiaque difficilement détectable. L'une profitera des expériences et de la sagesse de l'autre, sans même le savoir.

Alors à mi-chemin entre la Pologne, son pays d'origine et la France, où il finira sa carrière, le cinéaste Krzysztof Kieslowski réalisait un oeuvre virtuose et un long métrage aussi énigmatique qu'envoûtant. Après un Décalogue, dans lequel le cinéaste avait déjà commencé à rompre avec un certain réalisme documentaire, Kieslowski achève ici de se détacher un peu plus des conventions de la narration, livrant un récit éthéré construit autour des sensations et de la fabuleuse partition du compositeur Zbigniew Preisner. Emporté par la double prestation en apesanteur de la comédienne Irène Jacob, qui trouve ici un de ses plus beaux rôles, La Double vie de Véronique est une expérience sensible et quasi-sensuelle qui célèbre avec génie le triomphe de l'amour sur l'art. Un film d'une beauté simple et évidente.